Historien réputé de la Révolution française, Claude Mazauric a publié pour le Centenaire de 1914 un fascicule aux Éditions de la Fenestrelle « Destins: quatre poilus originaires de Collorgues dans la grande guerre« .
En historien, enseignant et chercheur, il a approfondi ses recherches en dépouillant les nombreux cartons non-ouverts depuis 1920 aux Archives Départementales du Gard.
Les Éditions Alcide viennent de publier « La grande guerre, 4 frères, 4 poilus qui revinrent tous de l’enfer », un retour exceptionnel alors qu’ils ont tous combattu sur les fronts pendant 4 ans.



Le destin de Lucien, Armand, Albin et Georges Mazauric (les trois oncles et le père de Claude Mazauric) donne lieu à cette « micro-histoire » d’un village languedocien. Une « minuscule chronique rurale » comme dit l’auteur, récit intime et respectueux qui révèle le bouleversement engendré par cette guerre et permet de réfléchir aux destinées collectives des sociétés, des nations et des peuples.
Dans la dernière édition, les cartes, croquis, photos et documents n’ont pas été reproduits mais deux chapitres étoffent le livre avec l’étude détaillée de l’École des mutilés de Nîmes (ouverte dès 1915 au 24 rue Colbert). Tous les détails (souscriptions, fonctionnement, objectifs de réintégration des blessés dans la vie civile) sont donnés avec précision chiffrée ainsi que les métiers enseignés et même la discipline imposée à des hommes qui viennent de connaître l’horreur.
C’est toute l’époque qui est ainsi évoquée, entre enseignement général et besoin de main d’œuvre masculine : en juin 1916, à Nîmes, quarante mutilés étaient « rééduqués et placés », en juin 1917 ils étaient soixante-six. Les archives s’arrêtent en 1920, date de création d’associations d’anciens combattants.
Pour Georges Mazauric, simple ouvrier avant la guerre, ce fut l’école de la réussite et le chapitre VII lui est consacré «Georges après la guerre : vivre !».
Très grièvement blessé le 15 avril 1917 à la bataille du Mont Cornillet, il perdra l’usage de son bras droit et sera à l’École des mutilés de Nîmes de l’automne 1917 à mars 1918. Fonctionnaire, il finira sa carrière comme inspecteur des Douanes en 1959. En 1962, un centre de réforme réajuste les pourcentages de séquelles de ses blessures. Lui, simple soldat, fut élevé au grade de chevalier de la légion d’honneur en 1970.

Les deux frères aînés reprirent leur vie d’avant. Lucien fut reconnu blessé de guerre la main déchiquetée. Armand, jamais blessé en 4 ans, continua son métier de maréchal-ferrant. Albin, blessé au bras droit puis prisonnier en Allemagne dans plusieurs stalags, en fut durablement traumatisé. Claude, enfant puis adolescent, les écouta raconter leur guerre et s’interrogea sur ces destinées individuelles : comment survivre à une telle guerre ?
L’écouter, lui, à bientôt 94 ans, les évoquer est une richesse et une émotion que notre émission a tenté de transmettre et, surtout, cet ouvrage est loin d’être une commémoration de la guerre mais un appel à la paix, un hommage à la population rurale française qui a payé le prix fort de cette folie meurtrière.
Découvrez également le podcast : « Retour de l’enfer »
Texte et photographies de Sylviane Wichegrod Maniette