Lors de l’émission enregistrée avec Camille Penchinat, je n’avais pas encore lu le livre « Nuremberg, l’album du procès », paru aux Editions Taillandier et Maison d’Izieu, écrit par Stéphanie Boissard, Matthias Gemählich et Brigitte Sion.
L’album avait été commandé spécialement pour Henri Donnedieu de Vabres (1880-1952), le grand-père de Camille Penchinat. Les pages 21 à 24 sont consacrées à sa biographie, à sa personnalité, à ses idées dans ce procès inédit entre 4 alliés, 4 vainqueurs aux positions différentes et même divergentes.
Les informations sont si denses que j’avoue être perplexe : comment rédiger cet article ?

Henri Donnedieu de Vabres en robe d’avocat, les autres juges étant en civil ou en uniforme.

Signatures des juges du procès

Partir des souvenirs de Camille, enfant, feuilletant l’album offert par le procureur général Robert H. Jackson à son grand-père fin juillet 1946 ?
Cet album imposant, 28 sur 24cm, relié plein cuir rouge sombre, pesant 4kilos, aux lettres gravées en or « NURBERG TRIAL » avec, en première page, les signatures des juges les plus importants du procès, est désormais à la maison d’Izieu, depuis avril 2019. Camille s’amuse de devoir, désormais, mettre des gants d’archiviste pour le toucher! Quelques fac-similés ont été donnés à la famille.
Saluer la remarquable préface d’Olivier Wieworka et la création du TMI (Tribunal Militaire International) et d’un nouveau chef d’accusation «Crime contre l’humanité» ?
Résumer l’introduction de Matthias Gemählich, aboutissement de sa thèse (en cotutelle Université de Mayence et Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 2017) ?
Citer les 4 parties du livre :
- La préparation du procès ;
- Les accusés ;
- Le procès ;
- Les coulisses du procès + les annexes soit 200 pages toutes aussi importantes les unes que les autres ?

Expliquer comment relier Izieu à Nuremberg ?
Les 44 enfants et les 7 adultes raflés le 6 avril 1944 sont l’objet, le jour-même, d’un télex de Klaus Barbie à ses supérieurs. Ce télex, égaré en 1946, qui, une fois retrouvé par Serge Klarsfeld, permettra à la fois de définir cet acte comme un crime contre l’humanité et le faire condamner en 1987 .
Axer sur les 70 photographies choisies par les 2 autrices et auteur parmi les 115 de l’album photos de l’américain Charles W. Alexander ?
Ce dernier a suivi tout le procès et ses clichés montrent avec netteté et détails les personnes impliquées dans ce procès : juges, accusés, témoins, traducteurs, cameramen, journalistes (dont Joseph Kessel), gardes… On y découvre aussi ses coulisses : le centre de documentation, les cabines d’enregistrement, les cellules, les auditions, ou même les cantines ! Une sélection a été faite. Chaque photographie est annotée et commentée (ce qui n’est pas le cas dans l’original).
Petite anecdote amusante : sur la photo de la page 101, une pancarte «Ne pas utiliser le taille crayon quand on téléphone ! ». Nous sommes en 1945- 1946 et le procès est retransmis en direct à la radio aux USA et en Grande-Bretagne.
Ou, enfin, s’interroger sur l’importance historique de Nuremberg, premier procès international, et l’adoption, en 1968, de l’imprescriptibilité du crime contre l’humanité.
Les difficultés, ensuite, à créer un droit pénal international dans un contexte de Guerre Froide qui durèrent jusqu’en dans les années 1990. Ce n’est qu’en 2022, avec l’adoption du statut de la Cour Pénale Internationale par 60 pays, que la Cour put commencer ses travaux à La Haye. Sans moyen pour faire appliquer ses décisions sur les principes de Nuremberg, une grande partie du monde échappe à sa juridiction : Inde, Chine, États-Unis et Russie…
En conclusion, il faut parfois la conjonction d’une histoire familiale avec l’Histoire pour qu’une famille, un musée-mémorial, des conservateurs, un éditeur, des auteurs et des historiens unissent leurs forces pour valoriser les fonds d’archives et entretenir la Mémoire.
Texte et photographies de Sylviane Wichegrod Maniette