« AGIR POUR LE VIVANT », PENSER ENSEMBLE.
Le festival Agir pour le vivant retrouve, pour sa cinquième édition, ses lieux de prédilection à Arles du lundi 26 août au samedi 31 août. Entre la chapelle du Méjan, le café L’Entrevue, la librairie Actes Sud ou encore la place Voltaire, on échange, on réfléchit, on se rassure peut-être aussi, par le collectif.
Programme chargé pour le mercredi 28, journée autour du thème « Vers une propriété collective ». Dès 07h30, le jardin du théâtre antique accueille des rituels matinaux, ce jour autour des esprits du vent, avant que le public migre vers l’Entrevue pour un café avec la philosophe Catherine Malabou. Les échanges ont commencé depuis une demi-heure quand nous arrivons. Que voulez-vous ? Il fallait bien jouer l’Arlésienne tout en rendant hommage au quart d’heure Nîmois à l’occasion de ce trajet !
Un café pour déconstruire le mythe de la Révolution Française.
Catherine Malabou annonce « Il n’y a pas eu de Révolution », titre de son dernier ouvrage et thème de ce temps de discussions. L’occasion de découvrir ou de repenser les idées de P.J. Proudhon, tout en rencontrant cette philosophe féministe et critique des dominations. Déconstruire le mythe, « l’arnaque de la Révolution Française » selon laquelle nous sérions égaux, selon laquelle les pauvres pourraient accéder à la propriété. Le programme pourrait en freiner certains mais le dialogue est accessible : il n’est que 09h30, on remarque que le délai d’action de la caféine est pris en compte par l’invitée. Un temps de questions-réponses vient conclure l’heure. Étonnamment, face à ce sujet qui pourrait sembler universitaire, les interventions sont personnelles, presque confidentielles. On s’interroge sur la capacité d’élever des enfants libres, on évoque ses expériences, ses peurs. Catherine Malabou répond sans jamais oublier de glorifier les questions, prenant plusieurs minutes pour rappeler la différence entre individualisme et individualité, là où le premier nuit au collectif quand le second peut le nourrir. Je comprends à cet instant que le projet-même du festival tient peut-être dans cette idée. Penser ensemble le vivant à partir de l’intime.
Le cœur au bord des yeux de Juliette Rousseau.
10h, pousser les portes de la librairie d’Actes Sud pour une rencontre avec l’écrivaine Juliette Rousseau. Le terme « safe place » m’agace un peu de par son utilisation excessive ces dernières années. Pourtant, aucun autre mot ne me vient en tête pour définir ces 90 minutes avec l’autrice de « Péquenaude ». Il est important, je crois, de préciser que la modération était assurée par Nelly Pons, tant sa présence, sa voix et ses émotions ont participé à ce moment. Écrire la ruralité au travers du récit de soi, la réciproque étant sûrement plus juste. La poésie issue des extraits lus tout autant que les échanges ont entraîné les larmes et les rires. Les sanglots dans les voix n’étaient pas retenus, ni du côté du public, ni du côté des intervenantes. L’intime a, finalement, créé un récit collectif autour du saccage par la modernisation de l’agriculture de ces campagnes, du remembrement des années 70 qui a finalement démembré et conduit à la destruction de ces lieux de vie.
Les rendez-vous prennent une pause le midi, l’occasion de monter à l’étage de la chapelle du Méjan pour y découvrir l’exposition du photographe Nicolas Floc’h « Fleuves océan, le paysage de la couleur Mississippi », présentée à l’occasion des Rencontres d’Arles. Paysages en noir et blanc accolées à des camaïeux subaquatiques panoramiques. Au total, 224 points de couleur d’eau suivant l’itinéraire du cycle de l’eau. Catalogue Pantone naturel et hypnotique.
Table ronde dans la Chapelle du Méjan.
Une table ronde nommée « Contre la privatisation » réunissait pendant 2 heures Anne-Laure Delatte, chercheure en économie au CNRS, Nicolas Da Silva, économiste, et Mickaël Correia, journaliste à Médiapart. L’échange avait des chances d’être difficilement intelligible pour l’auditoire. Mais, une fois encore, c’est par l’énonciation d’exemples concrets et autobiographiques que chacune et chacun a pu penser aux manières de contrer la complicité de l’État et du capital par un contrôle citoyen et démocratique.
Prendre soin de notre parole commune.
Une des spécificités d’Agir pour le vivant réside dans ses Assemblées, à ciel ouvert, place Voltaire. Entre deux terrasses de cafés, tout le monde peut entendre ce qui se dit aux micros entre 17h30 et 19h30. « Prendre soin de notre parole commune » était le thème de cette assemblée du vivant du mercredi. La foule était présente face à Marina Garcés, philosophe, Maxime Ollivier, activiste pour la justice sociale et climatique, et Gérald Garutti, fondateur et directeur du Centre des Arts de la Parole. Le programme annonçait une tentative de réponse à la question : Comment dialoguer avec celle ou celui qui ne pense pas comme soi ? Certes, des clefs ont été distribuées : la pièce de théâtre comme tiers, le jeu de rôle pour se mettre à la place de l’autre, … Et puis, dans la continuité de cette journée, ce sont finalement les récits de celles et ceux qui ont osé prendre la parole, participer à l’assemblée en racontant ce qu’elles et ils étaient, qui ont résonné le plus fort. Se raconter, se délester quelques minutes de la peur de dire qui l’on est, enrichir le débat en parlant de ce qui, par habitude, se tait.
Le temps du retour en train pour se dire que les mots matinaux de Catherine Malabou était un préambule idéal à cette journée. Le collectif et les individualités n’ont de cesse de se bouleverser.
Agir pour le vivant a lieu jusqu’au samedi 31 août à Arles, n’hésitez pas à aller découvrir la programmation sur le site du festival !
Texte et photos de Channel Roig